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Malte vend ses passeports pour éviter la faillite ?

Article de M. Roland Walter - ancien Professeur associé à Dauphine, intervenant à l'ESSEC

Certes, nous sommes dans une économie de marché, a priori tout peut s’acheter et se vendre du moment que les règles de la concurrence sont respectées...

 

... Du moins tout ou presque tout, car certains biens sont l’objet d’une propriété collective, détenues par l’État au nom de l’ensemble de la population formant une nation. En ce XXIe siècle on voit mal comment un Etat même lourdement endetté, peut accepter de céder une partie de sa souveraineté sur son territoire ou une partie de ses biens à un acquéreur richissime.

Et pourtant, on apprend que certains Etats sont prêts à vendre à des étrangers le droit à la nationalité de leur territoire et pour cela de délivrer un passeport payé très cher. Jusqu’à maintenant ce type d’opération était réservé à de petits Etats des Caraïbes comme Antigua ou Barbuda, en fait des opérations sans grande incidence. Mais avec l’île de Malte c’est différent, compte tenu de son importance stratégique et de son appartenance à l’Union européenne.

D’après les informations recueillies, ce sont des russes, on parle de 800 familles, qui auraient acheté des passeports au cours des cinq dernières années. Nul n’ignore la corruption régnant dans ce pays, le rôle des maffias, de la drogue et des fortunes acquises illégalement, alors qu’une partie de la population vit toujours, après l’épisode communiste, dans une situation précaire. Qu’un Etat puisse se vendre dans ces conditions est inadmissible, même si comme le souligne le rédacteur du Monde (1) « chaque Etat est libre d’accorder la citoyenneté à qui il veut, donc éventuellement de la commercialiser ».

Mais les tenants de ces passeports, ont accès aux territoires et à toutes les données, avantages et protections, des Etats membres de l’UE, puisque depuis 2004 Malte est membre de l’Union. Bruxelles a réagi en exigeant que les bénéficiaires de ces passeports aient habité l’île pendant au moins un an avant leur naturalisation…, toutefois selon une technique bien connue, ceux-ci disposent d’une « boite aux lettres » dans l’île où ils ne vont jamais. En fait les heureux bénéficiaires font des affaires et surtout se protègent des aléas politiques de leur pays !  Au 19e siècle on vendait son âme au diable en échange de la jeunesse, seul l’objet a changé...

  (1) Le Monde du 20 avril 2018.