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On ne change pas la société par décret

Article de M. Roland Walter - ancien Professeur associé à Dauphine, intervenant à l'ESSEC

Ce constat de Michel Crozier (1), n’est pas récent, mais il demeure toujours valable.  La France est bloquée, nul ne l’ignore, mais ceci est d’autant plus grave qu’elle doit faire face à des problèmes au sein de l’Union Européenne...

 

... Brexit avec la sortie de l’Angleterre de l’UE, fronde des pays de l’Est qui refusent d’appliquer certaines règles de Bruxelles, rébellion de l’Italie sur le plan budgétaire, alors que le Traité de Rome a été signé dans sa ville...Devant cette situation, les députés de la République en marche se posent au Parlement beaucoup de questions :

- Le Monde du 22 novembre (2) fait état d’un certain nombre de remarques des députés LRM « Personne ne comprend ce que l’on fait, on est trop technocratique… même si nous avons été élus sur un programme de transformation du pays, on a peut-être un peu négligé le fait que l’accumulation des réformes structurelles bouleversait la population ( 3)...les gouvernements précédents n’ont rien fait, certes, mais vouloir remettre en cause d’un coup toutes les structures, en multipliant les textes n’était pas une bonne solution ;

- Aller trop vite dans une France bloquée est une erreur, d’autant que la question principale n’était pas prise en compte: « le pouvoir d’achat » amputé par la hausse des carburants, même si la tension internationale sur les carburants tend  à baisser. Détonateur, alors que la hausse de la fiscalité est continue depuis plusieurs années et qu’elle est supportée en grande partie par les classes moyennes ou défavorisées, « la suppression de l’ISF a été mal vécue »( 4), d’autant que les contre parties n’ont pas encore eu d’effet, « nous aurions dû supprimer la taxe d’habitation en une fois et non pas en trois fois » (Nicolas Dumoulin député LRM) ; le vécu sur le pouvoir d’achat compte plus que les grandes réunions internationales…

- Enfin le gouvernement n’a pas compris que la rupture entre la France d’en haut et celle d’en bas était toujours plus importante, que les grandes mégapoles réunissaient les gagnants, et que beaucoup avaient dû aller vivre au-delà du « Périf » car ils ne pouvaient plus payer le loyer des appartements dans les grandes villes (on retrouve ce phénomène aux USA, en Grande Bretagne…).Le gouvernement n’a pas tenu compte de leurs besoins et de leur colère. La transition écologique est indispensable, mais il faut savoir l’expliquer.

La France du XXIème siècle n’est plus celle des années 1950. Le mouvement des bonnets rouges en 2013 a des similitudes avec celui des gilets jaunes « diminution des charges fiscales et suppression de l’éco-taxe » il visait surtout la Bretagne, le mouvement actuel est beaucoup plus général et vise l’excès de la fiscalité, la fracture sociale, les inégalités...mais il a un point commun celui de la révolte populaire sans lien avec les partis politiques, les syndicats, quelle réponse le gouvernement pourra-t-il apporter ?

(1), «On ne change pas la société par décret »,Michel Crozier, Grasset 1979 et Hachette pluriel 1984 ;

(2) Une députée LRM :

(3) Jean-Charles Colas-Roy député LRM de l’Isère ;

(4) Delphine Bagarry députée LRM des Alpes de Hautes(5) Nicolas Démoulin